vendredi 10 janvier 2025

Lecture


Résumé :

"La première joaillière de France dans une capitale en feu

1844, Paris bouillonne et la monarchie de Juillet vacille. La bourgeoisie veut maintenir l'ordre, le peuple gronde.
Indifférente à ces tempêtes politiques, Basilique tente d'échapper à un mariage forcé et lutte pour reprendre l'atelier familial de bijouterie-joaillerie, son rêve interdit.
La jeune femme est prête à tout pour conquérir sa place. La rencontre avec Clovis, un illustrateur dissident, inaugure un destin hors du commun. Mettant la ruse au service du talent, les deux artistes vont inventer le parfait subterfuge pour imposer leur liberté de créer."


Ce que j'en pense :


Je ne connaissais pas l'auteur, je n'en avais jamais entendu parler. Ce qui m'a attirée, outre le fait qu'il était en bonne place sur l'étal de la librairie du Leclerc, est que c'était un premier tome d'une trilogie.... Une promesse de bons moments...


L'auteur est ancienne historienne d'art. Son style est fluide, alerte... Il y a du mouvement, des odeurs, nous sommes là, avec les héros. Nous vibrons avec eux. Nous voyons le Paris du XIXème siècle et ses quartiers huppés ou sordides, tous différents ; nous rencontrons avec Basilique et Clovis des écrivains, des compositeurs, des peintres dans cette ville qui fourmille de vie...

Emilie Riger est bien documentée et elle nous  transmet ce qu'elle sait de l'époque... Tout est plaisant à lire !

Les caractères des personnages sont très bien décrits.


Madame Riger dit elle-même dans les pages de remerciements : "Une saga, c'est plonger au coeur de l'Histoire pour la vivre, la vivre vraiment, avec les émotions, les espoirs et les peurs qu'elle a suscités." Elle a tout à fait réussi !


Ce livre : Waouh ! Epoustouflant ! J'avais du mal à le quitter  et lorsque je l'avais en main, plus rien n'existait en dehors de lui.


Deux fois il est écrit que quelqu' un "se resserre du vin" ! cela m'a étonnée ! est-ce exact ou devrions-nous écrire "il se ressert du vin" ?


Extraits


p.33 : "Basilique en garde secrètement une légère méfiance envers le pouvoir, les règles et ceux qui les font appliquer. Armand, au contraire, vénère le roi pour avoir ramené "l'ordre" - il n'a que ce mot à la bouche. Tout manquement à ce sacro-saing commandement met Armand en rage. Il ne décolère pas durant plusieurs jours à chaque attentat contre Louis-Philippe, grondant qu'un pays qui ne respecte plus rien, pas même le caractère sacré d'un roi, court à sa perte."


p.126 : "Mademoiselle, gardez cela en tête : une femme ne connaît pas le coeur d'un homme tant qu'elle ne lui a pas dit non."


p.144 : "Sa mère a donc été jeune, impatiente de danser, de se marier, de tomber amoureuse, comme les jeunes filles réunies là ? Elle n'y avait jamais pensé."


p.195-196 : "Basilique apprend que la liberté d'une femme dépend des limites définies par un homme ; mais aussi que cette tolérance varie non pas en fonction de son comportement à elle, mais des humeurs de celui-ci."


p.201 : "Basilique grimace, blessée par l'armature de son corset, exaspérée par ce carcan qui l' enserre et l'empêtre. Des dizaines de brevets ont été déposés, se vantant d'en améliorer le confort. Mais seul un homme peut imaginer rendre douillet un appareil de contention, qui prétend protéger la pudeur des femmes en faisant ressortir leurs fesses et leurs seins."


p.225 : "Votre esprit aurait fait merveille si vous aviez été un homme, Mademoiselle. D'après votre nature, il n'est que perversion."


p.291 : "Savez-vous pourquoi tous les portraits sont de face ? Les Indiens refusent d'être représentés de profil, comme des moitiés d'homme."


p.344 : "Un jour, il faudra bien que ces bourgeois qui ont une bourse à la place du coeur disparaissent ! Ils finiront par s' étouffer sous le poids de leur or !  rage Clovis. Ou bien le peuple, cette force informe et sombre encore, trouvera une voix, une tête pour le guider jusqu' à les faire tomber de leur piédestal."


p.386 ; "Il connaît cette sensation unique de ses mains prenant le contrôle de son esprit, il la ressent chaque fois qu'il saisit un crayon, pose son burin sur une pièce de bois. Elle concentre le monde du bout de ses doigts, en épelle chaque ligne, les ombres et les dégradés de lumière. Cette magie de la création habite Basilique. Ses mains à l'oeuvre tiennent la mort à distance. Ses gestes sûrs sertissent, liment, soudent, brunissent avec l'habileté de celle qui est née pour ça et qui a travaillé dur pour épanouis son talent."


p.453 : "Louis-Philippe descend des Bourbons, ces rois si détestés qu'ils ont fini guillotinés, mais dès qu'il apparaît dans son uniforme de lieutenant général de Français, on ne se rappelle qu'une chose : il est le seul prince à avoir refusé d'intégrer les armées étrangères avec les émigrés et les exilés, pour ne jamais devoir lutter contre un soldat français."


p.459 : "Être un gamin pauvre revient à posséder un nature criminelle, sous Louis-Philippe."


p.465 : "- Parce que je sais la vulnérabilité d'un coeur. Je sais que le chagrin et la colère peuvent pousser à commettre des erreurs."


p.485 : "A chaque pièce achevée, ils luttent contre la frustration : la fierté de l'oeuvre réalisée reste toujours un ton en dessous du rêve. Cette faille est le moteur qui les pousse à se dépasser toujours plus."