lundi 30 septembre 2024

Lecture

 



Résumé 

"Dans la petite ville côtière de Crosby, dans le Maine, Olive Kitteridge est connue – et redoutée – pour son caractère bien trempé et son franc-parler détonnant. Professeure de maths retraitée, veuve depuis peu, elle apprend à négocier les épreuves, mais aussi à apprécier les joies que lui réserve cette nouvelle période de sa vie : bientôt, Olive se remarie, renoue avec son fils, essaie d’apprivoiser ces créatures étonnantes que sont ses petits-enfants, et, surtout, le temps qui passe. Au fil des années, elle croise sur son chemin nombre de connaissances, amis ou anciens élèves : une jeune femme sur le point d’accoucher au moment le plus incongru, une autre qui vit recroquevillée depuis qu’elle a un cancer, ou encore une fille confrontée à l’effroi de ses parents lorsqu’elle leur révèle exercer la profession de maîtresse SM. Dans le sillage d’Olive, on pousse des portes et découvre les histoires, les drames et les destinées singulières des habitants de Crosby. Une fois encore, Elizabeth Strout met brillamment à nu la vie des gens ordinaires et livre un roman superbe, tendre, mélancolique et plein d’humour sur le couple, l’amour, la vieillesse et la solitude, en déroulant le fil de l’histoire de son irrésistible Olive à l’automne de sa vie.


Elizabeth Strout ne détourne pas le regard de ces lieux d’exil où le monde contemporain stocke ses habitants devenus invisibles. On se laisse prendre à ce récit, discrètement virtuose, comme on resterait à discuter des heures avec un vieil ami. Adrienne Boutang, Le Monde des livres.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Brévignon."

Ce que j'en pense :

C'est un livre très agréable à lire. L'auteur nous offre des descriptions, des personnages pour lesquels elle a de la tendresse. 

Au début, j'ai été déroutée car les chapitres se suivent mais sont indépendants les uns des autres. Ce sont en fait des tranches de vie. Ce livre serait plutôt un livre de nouvelles plutôt qu'un roman.

Je ne connais pas Olive n'ayant pas lu le roman précédent de cet auteur.  Le résumé la présente comme une femme au "caractère bien trempé et son franc-parler détonnant" ; j'ai été déçue à ce sujet, m'attendant à des phrases drôles, crues, au ton cassant, hargneux, pète-sec...  ce qui n'est pas le cas. En même temps, elle arrive en fin de vie, peut-être s'est-elle adoucie. Pour le savoir il faudrait que je lise le tome précédent, ce que je ferai peut-être.

Extrait :

p.308-309 : "Le monde étincelait, et quiconque prenait la route menant à la baie pouvait admirer les splendides teintes jaune et rouge, orange et rose pâle. Olive n'avait pas besoin de prendre la voiture pour les voir ; depuis son porche, elle voyait les bois et chaque matin, en ouvrant sa porte d' entrée, elle prenait conscience de la beauté du monde."

vendredi 27 septembre 2024

Maggie Smith

 


Décès de l'actrice Maggie Smith à 89 ans. Excellente actrice notamment dans Downton Abbey et Harry Potter

Encore un drame !

 Meurtre de Philippine









Les obsèques sont aujourd'hui



Homélie de l’Abbé Pierre-Hervé Grosjean pour les obsèques de Philippine Le Noir de Carlan.
« Pourquoi sommes-nous là ? Si nombreux, si différents, si douloureux, serrés les uns contre les autres, autour de Loïc, Blandine et leurs enfants, auprès de ton corps, Philippine ? Pour quoi faire ?
La première réponse, que nous pouvons tous partager, croyants et non-croyants, c’est que nous sommes là pour pleurer.
Devant le mystère du mal, devant l’injustice insupportable et la violence qui s’est déchaînée, nous sommes sidérés, comme écrasés. Bien sûr, la justice des hommes sera nécessaire. Son temps viendra. Mais aujourd’hui, nous avons besoin de pleurer, de partager et de déposer ensemble notre douleur, notre colère, notre incompréhension. Nous pouvons la déposer ici, au pied de la Croix, car nous croyons que Dieu comprend tout cela. Dieu partage tout cela. Dieu n’est jamais du côté du mal, mais toujours du côté de ceux qui sont éprouvés. Jésus qui a pleuré la mort de son ami Lazare – nous croyons, nous chrétiens, en un Dieu qui a pleuré ! - Jésus qui a affronté le martyre de la croix, Jésus qui nous aime tels que nous sommes, Jésus nous comprend et nous accueille avec notre douleur immense.
Sous son regard, au cœur de ces larmes, nous pouvons en même temps faire monter vers Dieu une action de grâce, et vers Philippine l’expression de notre gratitude. Car là, auprès de toi Philippine, tous ceux qui t’ont connue et aimée, prennent conscience plus que jamais de ce qu’il y a eu de beau et de vrai dans ta vie, de ce qu’ils ont reçu de toi, vécu de beau avec toi. Il est précieux, mes amis, que chacun de vous prenne ces jours-ci dans le silence ou la prière, le temps de faire mémoire, le temps de relire ces moments vécus avec Philippine. Vous comprendrez alors plus que jamais combien la vie de Philippine a été un don de Dieu pour vous… Alors, mêlée à vos larmes, pourra monter cette prière de louange : « Merci mon Dieu, merci de m’avoir donnée Philippine comme fille, comme sœur, comme amie, comme camarade. Seigneur, permet que tout ce qu’il y a eu de beau dans sa vie puisse porter du fruit dans nos vies ».
Oui, je le crois : parce que Philippine avait appris dans sa famille, dans sa paroisse, au sein des scouts et guides de France la joie de croire, d’aimer et de servir, son passage sur la terre, même s’il est tellement trop court, trop bref à nos yeux, aura sa fécondité et portera du fruit, comme le grain de blé tombé en terre dont parle l’évangile…
Pourquoi sommes-nous là ? Nous sommes aussi là pour prier, pour essayer de prier.
Philippine tu avais la foi, tu croyais que Jésus a donné sa vie pour chacun de nous. Pour que dans nos vies, ni notre péché, ni le mal qui nous atteint, ni même la mort puissent avoir le dernier mot. Voilà pourquoi nous sommes ici. Parce que nous voulons, à ta suite, accueillir nous aussi cette promesse de Jésus : « J’ai donné ma vie pour que vous ayez la vie en plénitude. » Nous voulons nous accrocher à cette espérance que nous donne Jésus, comme on s’accroche à une ancre pour ne pas couler ou dériver. Oui, en priant pour toi, en te portant devant Dieu, Philippine, nous espérons et nous croyons que le Seigneur t’accueille dans sa paix, dans la joie du Ciel, qu’auprès de Lui tu ne souffres plus, et que tu connais ce bonheur parfait pour lequel nous avons été créés, ce bonheur qu’aucun mal ne pourra plus désormais atteindre ou abîmer, cette joie éternelle dont nous avons tous soif, dont tu avais soif et que les joies de ta vie annonçaient. Nous sommes là, nous accrochant à cette espérance qui nous promet aussi qu’il y aura un jour des retrouvailles. Nous te reverrons Philippine. Cette espérance n’empêche pas nos larmes, mais elle les éclaire.
Philippine, pour nourrir ta foi, pour que cette foi éclaire ta vie, tu venais à la messe le dimanche, tu aimais venir au groupe de prière paroissial, tu vivais ta foi en actes avec tes amis en particulier dans le scoutisme. Bien sûr, comme chacun de nous, tu avais tes défauts, tes combats, tes doutes et tes limites… mais tu croyais au pardon de Dieu, tu te savais aimée de Lui. Nous prions pour toi, Philippine. Mais prie aussi pour nous, s’il te plaît, pour tous ceux qui te pleurent. Que tous puissent se découvrir eux aussi aimés de Dieu, que tous puissent accueillir cette promesse de retrouvailles, que tous puissent s’accrocher à cette ancre de l’espérance. Veille sur notre foi, Philippine. Veille sur notre espérance. Qu’elle nous éclaire dans cette obscurité. Voilà ta mission désormais Philippine…
Enfin, nous sommes là pour pleurer, prier et …pour agir.
Nous avons nous aussi en effet chacun une mission. Nous ne voulons pas que le mal ait le dernier mot. Nous voulons croire que Jésus a vaincu la mort, pour que ceux qui accueillent cet Amour victorieux puissent recevoir la vie éternelle. Mais dès maintenant, nous pouvons répondre à ce mal en le retournant contre lui-même. Comment ? En faisant de ce drame, de cette épreuve terrible, l’occasion d’un sursaut, l’occasion de grandir résolument, généreusement et courageusement dans notre vie, dans la façon de la vivre pleinement, de la donner, dans notre désir de servir et d’aimer. Nous voulons opposer au Mal, à sa violence et à sa laideur, la force de notre amour, de notre espérance, de notre foi, et la beauté de notre unité. Nous voulons répondre à l’horreur du mal par la force plus grande encore du bien, le bien que nous pouvons faire en nous engageant, chacun à notre façon, chacun selon notre vocation, pour servir. Servir les plus petits, les plus jeunes, les plus pauvres ou les plus fragiles ; Servir concrètement notre pays, nos paroisses, dans nos écoles et nos facs. Nous engager pour plus de justice et plus de paix, pour annoncer l’évangile et consoler les affligés. Encore une fois, la justice fera son travail. Cela est vraiment nécessaire, mais ce n’est pas suffisant. Chacun de nous peut aussi décider ici que quelque chose va changer dans sa vie ces jours-ci. Chacun peut décider de sortir un peu meilleur de ces funérailles, pour que le monde soit meilleur : nous pouvons sortir avec un cœur plus généreux, une âme plus fervente et plus fidèle, un désir plus grand de servir, d’aimer et de croire. Nous pouvons tous trouver pour cela un pas à faire, un pas de plus. Par exemple une réconciliation à vivre avec un proche, par exemple dire vraiment et montrer notre confiance ou notre amour à celui ou celle qui en a besoin, en commençant par nos parents, nos enfants, nos amis, ceux qui nous sont confiés… Par exemple, oser se lancer dans ce projet qui nous attend ou nous reprendre en main sur tel ou tel aspect de notre vie un peu laissé à l’abandon… commencer ou retrouver un chemin vers Dieu ou vers les autres… décider de s’engager dans tel ou tel service, formation ou mouvement… visiter ou prendre soin de celui qui est seul, malade, âgé ou isolé… choisir d’oser parler en vérité entre amis et se tirer vers le haut… décider de se remettre même pauvrement à prier, à se confesser ou retourner à la messe… oser partager cette foi qui nous anime pour beaucoup, même si elle est parfois fragile ou mêlée de doutes… ne plus perdre de temps, et développer ses talents au service d’autres ou de plus grand que nous… reprendre un combat intérieur sur lequel on s’était découragé, se relever et choisir de se laisser aider… Bref. Chacun pourra discerner ! Mais ne reprenons pas le cours de la vie sans que rien ne change… Je vous le promets : avec l’aide de Dieu et de bons amis, ceux du Ciel et ceux de la terre, nous sommes tous capables d’un petit pas ou d’un grand pas vers plus de bien. Si dans un an, cinq ans ou dix ans, chacun peut dire : ce drame m’a bouleversé mais aussi réveillé, l’exemple de Philippine m’a fait grandir et m’a encouragé, à l’occasion de son départ, j’ai choisi d’avancer et de m’engager… alors oui, le mal n’aura pas gagné, nous l’aurons traversé et surmonté, entraînés par Philippine, et tous nos grands frères et grandes sœurs du Ciel, nos premiers de cordée…
Je termine, Philippine, en te confiant en particulier ta famille et tes amis, et toute cette jeunesse présente ici dans cette cathédrale. Tous ces jeunes qui sont touchés par ton départ si brutal, par la jeune fille lumineuse que tu as été, par ta foi simplement vécue… Tu es désormais leur grande sœur du Ciel. Encourage les dans leurs joies, leurs peines et leurs combats. Donne à chacun de pouvoir servir, croire et aimer à son tour avec toute la générosité dont il ou elle est capable. Aide tous ces jeunes à découvrir combien ils sont aimés de Dieu, de façon inconditionnelle, quelle que soit leur histoire ou leurs fragilités. Parce que c’est quand on se sait aimé qu’on devient capable du meilleur !
Ô Vierge Marie, Notre-Dame des éclaireurs, que les scouts et les guides aiment chanter et prier, accueillez avec tendresse Philippine auprès de Jésus. Veillez sur nous, Vierge Marie, soyez pour nous celle qui console et espère, en attendant le matin de Pâques… Soyez l’étoile qui nous guide dans la nuit, vers l’aube qui vient. Vierge Marie, vous à qui Jésus nous a confiés avant de mourir, encouragez chacun ici à faire de sa vie une vie belle, donnée, engagée… afin que le monde comprenne que le mal n’a pas gagné, et qu’il ne gagnera jamais. Afin que le monde comprenne grâce à Philippine que servir, croire et aimer portera toujours du fruit. Afin que tous apprennent qu’au-delà des joies et des larmes de ce temps, de belles retrouvailles et un grand Amour nous attendent ! »@tout le monde




lundi 23 septembre 2024

Abbé Alexandre Blaudeau

 Je fais un copier-coller de l'article paru aujourd'hui sur ALETEIA qui comporte aussi l'homélie (admirable) de Monseigneur Aillet


Obsèques de l’abbé Blaudeau : “Il y avait en lui une graine de saint”




Anne-Sophie Retailleau - publié le 21/09/24Les obsèques de l'abbé Alexandre Blaudeau, décédé subitement à l'âge de 31 ans, ont rassemblé plusieurs centaines de personnes vendredi 20 septembre à Nay (Pyrénées-Atlantiques). L'évêque de Bayonne, Mgr Marc Aillet, a rendu hommage dans son homélie à ce jeune prêtre qui voulait, plus que tout, vivre en imitant le Christ.

La douleur est toujours aussi vive. Les obsèques du jeune abbé Alexandre Blaudeau, décédé d'une crise cardiaque lors d'un jogging, se sont tenues vendredi 20 septembre, en l'église Saint-Vincent de Nay dans le diocèse de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques). Présidée par Mgr Marc Aillet , évêque de Bayonne, la cérémonie - retransmise sur Youtube - a rassemblé de nombreux proches, parents et fidèles du jeune abbé. Plusieurs dizaines de prêtres, majoritairement issus de paroisses béarnaises, ont aussi assisté à la messe. Trop nombreuse pour tenir tout entière dans l'église, une partie de la foule a pu suivre le déroulé des obsèques grâce à un écran installé à l'extérieur. "C'était un moment très intense, de grâce, un moment très profond et très recueilli, témoigne Olivier Drapé, chargé de mission auprès de Mgr Aillet. "Il y avait une certaine gravité, et des larmes bien sûr, mais pas de tristesse. C'était un moment d'émotion, car on l'imagine déjà au Ciel."

De nombreux guides et scouts

Décédé à 31 ans, le jeune homme avait été ordonné prêtre le 26 juin 2021, par Mgr Aillet en la cathédrale de Bayonne. Il était le troisième d'une fratrie de sept enfants. Son apostolat était en particulier tourné vers les vocations, la jeunesse et le scoutisme : l'abbé Alexandre était en particulier le conseiller religieux des Guides d'Europe de Pau. De nombreux uniformes de guides et scouts émaillaient d'ailleurs la foule dans l'église Saint-Vincent, où le cercueil du jeune abbé, porté par ses frères prêtres, était escorté de l'étendard du Baussant, l'emblème des Scouts d'Europe. Mgr Aillet, qui connaissait bien le jeune prêtre, a prononcé une homélie dans laquelle il a souligné l'humilité et l'ardeur de ce tout jeune prêtre dont le seul désir était "d'imiter le Christ".

Très émus, les deux jeunes prêtres avec lesquels l'abbé Alexandre vivait en communauté à Nay ont clôturé la cérémonie par un vibrant discours : "Il y a trois ans, nous étions autour de lui dans cette église pour célébrer sa première messe", a commencé l'abbé Paul de Lapasse, épaulé par l'abbé Maxime de Mentque. "Qui aurait pensé que nous nous retrouverions si vite pour célébrer sa Pâques ? Il était souvent en retard, et aujourd'hui il est en avance, mais pour le Ciel, cela ne m'étonne pas !" "Bien sûr, nos coeurs sont déchirés (...) mais ni le bon Dieu ni Alexandre ne sont du genre à nous abandonner. Avec l'épreuve - l'abbé Alexandre le savait et le répétait - le Seigneur donne la force et la grâce, mais aussi la fécondité, car des merveilles auront lieu et des merveilles ont déjà lieu. C'est la logique de l'Évangile que l'abbé Alexandre servait, c'est la logique de la croix." Le chant de la promesse, très cher à l'abbé Blaudeau qui s'était épanoui dans le scoutisme durant sa jeunesse, a ensuite été entonné sur le parvis de l'église. Le jeune prêtre a été inhumé dans le cimetière de Blanzay, son village natal du Poitou, où il repose désormais.


L'homélie de Mgr Marc Aillet pour les obsèques de l'abbé Alexandre Blaudeau :

Chers frères et sœurs, chers amis,

Après l’avoir, pour nombre d’entre vous, veillé jour et nuit depuis mardi, vous êtes venus nombreux ce matin, prêtres, fidèles, jeunes et moins jeunes, parents, amis, paroissiens, pour accompagner notre cher défunt, l’abbé Alexandre Blaudeau, jusque dans sa dernière demeure ici-bas, où son corps reposera dans l’attente de la Résurrection finale ; pour l’accompagner dans sa Pâque, dans son passage de ce monde vers le Père, de la mort à la vie, la vraie vie ! Vous êtes venus lui témoigner votre affection et votre reconnaissance pour le ministère sacerdotal dont vous avez bénéficié : que de témoignages reçus en ces jours et que d’émotion… Vous êtes venus aussi manifester votre compassion – qui signifie littéralement "souffrir avec" – d’abord à ses chers parents et sa famille, profondément touchés par son départ si brutal. Et aussi à nous tous qui l’avons accompagné et côtoyé de près, en particulier ses frères prêtres de Nay, avec lesquels il a partagé une vie fraternelle si heureuse et intense au service de la mission. Tous nous sommes douloureusement affectés par sa disparition.

Et en même temps, vous êtes venus confesser votre foi en un Dieu d’Amour qui est "juste en toutes ses voies" (Ps 145, 17) : s’il est bien légitime d’exprimer de la douleur et de l’incompréhension, nous savons que "Jésus n’est pas venu dans le monde pour supprimer la souffrance, pas même pour l’expliquer, mais pour la remplir de sa présence" (Paul Claudel) ! Son cri déchirant sur la croix – "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?" (Mt 27, 46) – a ramassé par anticipation tous nos "pourquoi", mais pour en faire une prière, une prière d’abandon et d’espérance : "Père, en tes mains, je remets mon esprit" (Lc 23, 46). Comme nous l’avons chanté avec le psalmiste : "Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ? Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : il est mon sauveur et mon Dieu" (Ps 41, 6).

Chers parents, quand vous avez présenté Alexandre au baptême, il y a trente et un ans, le 25 juillet 1993, l’abbé Nauleau, votre curé ici présent, vous avait interrogé : "Que demandez-vous à l’Eglise de Dieu ?", vous aviez répondu, selon le rituel, : "La foi" ; et il avait poursuivi : "Et que vous procure la foi ?", vous aviez répondu : "La vie éternelle". Toute notre vie se situe entre la grâce initiale de la foi et la vie éternelle. Encore faut-il que la foi ait les moyens de se déployer pleinement. Dans sa lettre de demande du diaconat, Alexandre m’écrivait : "Troisième d’une famille de sept enfants, j’ai eu la grâce de grandir dans la foi au sein d’un foyer aimant, porté par une vie paroissiale fervente et éduqué avec le concours du scoutisme qui compta tant dans mon adolescence". Depuis, sa vie n’a été qu’une montée, je dirais empressée, vers la vie éternelle.

Je me souviendrai toujours de la maturité humaine et spirituelle avec laquelle, pour répondre à l’appel du Seigneur, il avait choisi, à 20 ans, après avoir discerné dans la prière, de s’arracher à son Poitou natal et de demander à être admis à la Propédeutique Sainte Croix et au Séminaire des Saints Cœurs de Jésus et de Marie de Bayonne, pour s’implanter en terre basco-béarnaise et y "perdre sa vie à cause de Jésus et de l’Evangile" comme prêtre de Jésus-Christ. Dans sa lettre de demande de diaconat, il écrivait : "Quelle richesse dans ces années de formation depuis mon entrée en propédeutique ! La vie liturgique et la vie de prière au Séminaire ont développé ma relation d’intimité avec le Seigneur, m’ont formé à être disciple, ami de l’Epoux, compagnon de Jésus (Mc 3,14)".

Je sais combien vous avez tous été marqués par son intériorité, en particulier lorsqu’il célébrait la sainte Messe : son ars celebrandi, son art de célébrer était comme une catéchèse mystagogique. Comme l’abbé Paul, son curé, le faisait remarquer ces derniers jours, "Il ne se mettait jamais en avant, il s’effaçait devant le Seigneur, il était tout tourné vers lui et vous invitait à regarder vers Jésus". Comme il l’avait exprimé, avec son regard lumineux, dans le film sur le Séminaire de Bayonne, "Nos vies offertes", en 2019 : "Notre raison d’être, non seulement notre raison d’être ici mais notre raison de vivre, c’est le Christ. Cet appel du Christ qui est personnel pour chacun est aussi notre point commun entre tous. Et l’attachement que l’on a pour le Christ, le désir que chacun porte en lui de le suivre et de faire sa volonté nous fait regarder dans une même direction. En effet, le Christ est la pierre angulaire de notre vie ici, et de toute notre vie".

Il aurait bien pu faire sienne cette parole prophétique de Saint Jean-Marie Vianney au petit berger à qui il avait demandé de lui indiquer le chemin de sa paroisse, perdu qu’il était dans le brouillard des Dombes : "Tu m’as montré le chemin d’Ars, et bien moi, je te montrerai le chemin du Ciel". Cette parole s’accomplira à travers la ferveur eucharistique et le zèle apostolique du saint curé, mais aussi parce qu’il précéda de quinze jours le petit berger devenu grand dans la mort. L’abbé Alexandre n’a eu de cesse de vous montrer le Ciel par son ministère et il nous y précède tous aujourd’hui, continuant ainsi à nous en montrer le chemin.

En ce sens, vous ne vous étonnerez pas si, pour honorer sa posture sacerdotale, nous nous tiendrons tous ensemble tournés vers le Seigneur durant la prière eucharistique, face à Celui qui est notre Orient, notre soleil levant : le Christ Ressuscité qui viendra à la fin de notre vie pour emmener notre âme avec lui, et qui reviendra à la fin des temps, pour éclairer les ténèbres de notre mort, accomplissant ainsi cette parole que nous avons entendue dans la première lecture : "La mort a été engloutie dans la victoire. Ô mort, où est ta victoire ? Ô mort, où est-il ton aiguillon ? L’aiguillon de la mort c’est le péché … Rendons grâces à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ" (1 Co 15, 54-56). Il avait souhaité célébrer sa première messe dans cette église, tourné vers le Seigneur, et ses parents ont eux-mêmes suggéré que sa messe d’adieu le soit aussi.

Au jour de son ordination sacerdotale, après l’onction des mains et en lui remettant le calice et la patène, rites complémentaires les plus significatifs de l’ordination, je lui ai dit, selon le rituel : "Imitamini quod tractabis – Imitez dans votre vie ce que vous accomplirez dans ces rites et conformez votre vie au mystère de la croix du Seigneur". Je note que l’imitation de Jésus, en particulier dans le mystère de la croix, était une préoccupation constante d’Alexandre. Il m’avait confié que depuis son arrivée à Nay, il avait pu approfondir la spiritualité de Saint Michel Garicoïts, de Betharram, qui voyait dans la parole du psalmiste, que l’auteur de l’épitre aux Hébreux met dans la bouche du Verbe entrant dans le monde, "le premier acte du Sacré-Cœur" : "Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors j’ai dit : Me voici, je viens mon Dieu pour faire ta volonté" (He 10, 5-7). Alexandre puisait dans cet "Ecce venio – voici je viens" de Jésus, qui s’accomplira dans l’humiliation de sa Passion et de sa mort sur la croix, et qui est rendu réellement présent dans la célébration du sacrifice eucharistique, l’humilité et l’obéissance qu’il vivait de manière si exemplaire.

Il est significatif que dans sa dernière homélie, dimanche dernier, alors que nous lisions dans l’évangile selon saint Marc, la première annonce de la Passion, il prêcha sur la Croix glorieuse, en affirmant : "Jésus nous invite à prendre notre croix et à le suivre" : "Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive" (Mc 8, 34) ; et de commenter : "Trois actions qui n’en font qu’une : l’imitation du Christ, le Fils unique de Dieu, qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort". Ecoutez-le nous exhorter aujourd’hui par ces mots de son homélie : "Chacun d’entre nous, en quelque domaine que ce soit, nous avons une croix à porter. Une croix qui, si lourde soit-elle, n’est pas insurmontable car le Seigneur qui ne veut pas la souffrance en tant que telle mais permet que nous participions à la Passion de son Fils par les souffrances de nos vies, ne permettra pourtant pas que nous soyons éprouvés au-delà de nos forces". Commentant l’attitude de Pierre scandalisé par la souffrance du Messie, il dit encore : "D’où la réponse de Jésus à la réaction – trop humaine sans doute de saint Pierre – : "Passe derrière moi, Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes", c’est-à-dire : ne sois pas un obstacle à l’Amour de Dieu qui veut sauver le monde. Le Salut du monde, Jésus l’accomplit en assumant toutes nos souffrances, toutes nos croix sur la Croix, faisant de l’obstacle apparent de la croix la clé nous ouvrant le Ciel, le chemin donnant accès à la Vie et à la Joie véritables" : quelle exhortation pour nous aujourd’hui et quelle consolation ! Cette homélie, qu’il reprit le soir même dans une longue conversation téléphonique avec ses chers parents, constitue bel et bien le testament spirituel d’Alexandre qui conclut : "Demandons à la Vierge Marie, Notre-Dame des Douleurs, debout au pied de la croix … qui ne se dérobe pas, qui assume et supporte par Amour pour nous, demandons-lui de nous aider à porter nos croix – comme elle – dans une parfaite imitation de Jésus".

Il confiait encore dimanche à quelqu’un, à Lourdes, la joie qui était la sienne de partager le ministère avec les abbés Paul et Maxime ! C’est au Séminaire qu’il avait découvert l’importance de la vie fraternelle, lui qui au départ ne s’y sentait pas particulièrement appelé : "La vie communautaire, écrivait-il dans sa lettre de demande du diaconat, m’a montré combien la vie fraternelle peut être un précieux soutien pour l’apostolat". Et dans sa lettre de demande d’ordination presbytérale : "La vie fraternelle que nous essayons de vivre au presbytère m’est un vrai soutien, tant pour ma vie personnelle que pour l’apostolat. J’y trouve un ‘’garde-fou’’ prévenant les laisser-aller et une source précieuse de conseil et d’encouragement pour la Mission". La charité fraternelle qui règne dans cette équipe de prêtres est tangible et constitue assurément pour moi une promesse d’avenir. La prière commune, le partage de la vie commune sous le même toit, la pratique du « devoir de s’asseoir », qui permet de se dire les choses en toute vérité et de se pardonner mutuellement, ont fait grandir entre eux l’amour fraternel qui rejaillit, comme je le constate, en particulier en ces jours, sur la communauté paroissiale tout entière : on sent qu’il y a ici une famille, rassemblée dans l’amour de Dieu et des frères et engagée dans un apostolat pleinement missionnaire. Ici s’accomplit le commandement de Jésus : "C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, que tous vous reconnaîtront pour mes disciples" (Jn 13, 35). N’est-ce pas ce que le Vicaire général de Lyon avait dit au saint curé d’Ars en lui confiant sa mission : "Il n’y a pas beaucoup de charité dans cette paroisse, vous en mettrez !".

Rendez grâce au Seigneur pour le ministère dont vous avez bénéficié de la part de l’abbé Alexandre : les enfants du Catéchisme, le Kitcat et le camp Saint-Michel, les jeunes de l’aumônerie ou du scoutisme, les catéchumènes adultes et les fiancés qui se préparaient au mariage, les malades qu’il visitait, les fidèles qu’il confessait ou accompagnait spirituellement, ses messes, ses prédications : son attitude humble, discrète et si profonde… Rendez grâce au Seigneur pour avoir eu "l’honneur", comme disait encore l’abbé Paul, de côtoyer un tel fils, un tel frère, un tel pasteur.

Il ne m’appartient certes pas de le canoniser, et l’objet de cette célébration est bien de le recommander à la Miséricorde du Seigneur. Mais j’atteste qu’il y avait en lui une graine de saint et qu’il continuera à porter beaucoup de fruit ; comme Jésus nous l’a dit dans l’évangile : "Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit" (Jn 12, 24). Si le Seigneur nous l’a repris si vite, après trois années seulement de ministère public pour se préparer à sa Pâque, c’est sans doute parce qu’Alexandre avait hâte, "comme un cerf altéré qui cherche l’eau vive", de "s’avancer et paraître face à Dieu" (Ps 42, 2-3) ; mais aussi, j’en suis sûr, parce que le Seigneur a un plan pour lui au Ciel : pour sa famille qui lui est si chère, cette paroisse, notre diocèse, ses frères prêtres, les séminaristes, les vocations sacerdotales et religieuses qui étaient pour lui une vraie préoccupation, d’où son appartenance au "Cénacle du Christ Grand-Prêtre". Ainsi, il avait décidé de se rendre à la messe de rentrée du Séminaire, provoquant l’étonnement de ses frères ; il leur avait répondu : "Mais je suis missionnaire des vocations" !

Un jeune a déjà confié : "C’est un modèle pour moi, je veux être comme lui". Chers jeunes, chers séminaristes, n’ayez pas peur de le prendre comme modèle. Chers frères et sœurs, chers amis, n’ayons pas peur de le prendre comme intercesseur. "Prêtre pour l’éternité" (He 7, 21), revêtu de ses habits sacerdotaux, il se présente maintenant devant la face de Dieu, chantant avec le psalmiste : "Je m’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu, vers Dieu qui est toute ma joie ; je te rendrai grâce avec ma harpe, Dieu, mon Dieu" (Ps 42, 4). Et je ne veux pas douter qu’il est désormais uni au Christ Grand-Prêtre, "Toujours vivant pour intercéder en notre faveur" (He 7, 25). Nous avons besoin de saints : ce sont eux les vrais réformateurs de l’Eglise. Et c’est aujourd’hui le temps des saints !

Quand il a été retrouvé lundi dernier, il n’avait pas ses papiers sur lui. Mais il avait son passeport pour le Ciel : sa petite croix dorée autour du cou, la clé qui ouvre le Ciel, et son scapulaire de Notre-Dame du Mont Carmel qui ne le quittait pas. Comme la Vierge Marie le promit au pape Jean XXII, à qui elle apparut, celui qui mourra en portant ce scapulaire, ayant gardé la chasteté de son état et ayant récité son chapelet quotidien, sera délivré du Purgatoire le samedi suivant sa mort (on l’appelle le privilège sabbatin). Que ce soit notre espérance et notre consolation. Cher Alexandre, entre dans la joie de ton Maître et prie pour nous ! Amen